Skeleton Coast, Laurent Whale – Editions Au diable vauvert

Sur la face atlantique Namibienne, Skeleton Coast, champ de récifs noyé de brouillard et d’ossements de cétacés, est le cimetière de milliers de navires. Mais pas seulement. Richard Grangier y a élu refuge. Il recherche sa fille, médecin humanitaire, disparue en Afrique. Morte, prisonnière ou pire ? Dans la touffeur équatoriale, il s’embarque de savanes en forêts vierges, au cœur d’un trafic mortel sous contrôle de soldats de fortune et de politiciens corrompus.

Laurent Whale, né en Angleterre, est un auteur prolifique : on lui doit de nombreuses nouvelles et une bonne quantité de romans (une dizaine) pour lesquels il a obtenu quelques prix. Par exemple, Les pilleurs d’âme ont reçu le prix Rosny aîné en 2011 et Le manuscrit Robinson, le prix Masterton en 2016. Il a également coécrit un livre avec Pierre Bordage et Laurent Génefort, Crimes, aliens et châtiments, qui a remporté le prix Bob Morane en 2018. Sachez aussi que ses productions oscillent entre SF et polar, et que Skeleton Coast est son premier roman publié au Diable vauvert.

À présent, entamons cette chronique non par une introduction mais par un titre :

PIERRE-MARIE, AVEC LUI RIEN D’IMPOSSIBLE

(oui, on sait s’amuser chez Imaj’nère. Je vous expliquerai le pourquoi du comment en cours de chronique. En attendant, reprenons notre sérieux.)

Qu’on se le dise tout de suite, je suis totalement sortie de ma zone de confort avec Skeleton Coast. Les thrillers, c’est OK, les livres sur fond de scandale écologique et/ou politique, c’est OK, mais les deux mélangés… Oui, ce fut une première.

Avant toute chose, sachez que le début du livre fut pour moi des plus ardus. On passe d’un endroit à un autre sans trop comprendre où l’auteur veut nous mener, sans parler du fait que les différents événements qui composent le prologue sont loin de se passer au même moment (parce que oui, le prologue est composé de plusieurs chapitres et non d’un seul et, comme si ça ne suffisait pas, il est précédé d’une introduction). Bref, il en résulte un certain sentiment de confusion, à quoi s’ajoute une impression de lenteur pas très agréable… d’autant que le prologue n’est pas le seul concerné, il ne se passe pas grand-chose pendant au moins la première centaine de pages.

Pour tout vous dire, j’ai été très tentée de laisser tomber tellement je n’arrivais pas à rentrer dans le livre… et c’est là où Pierre-Marie a quitté son rôle de président pour endosser celui de deus ex machina : quand je lui ai fait part de mon découragement, il m’a confié que Laurent Whale était un adepte des débuts lents et que ça irait mieux une fois passé le premier tiers. J’étais un peu sceptique mais je me suis résolue à le croire sur parole. (Parce que bon, en tant que grand manitou il avait forcément raison, non ?) Et devinez quoi ? Pierre-Marie a dit vrai ! D’où le titre de ma chronique : il faut au moins ça pour le remercier de m’avoir poussée à continuer.

En effet, l’intrigue commence vraiment à décoller passé la première centaine de pages. C’est à ce moment que l’on rentre dans le cœur du sujet, aussi bien en ce qui concerne la disparition de la fille de notre protagoniste qu’au contexte plus général dans lequel s’ancre l’histoire. Oui, comme l’annonce la quatrième de couverture et l’intro de cette chronique, il ne s’agit pas d’une simple histoire familiale : l’Afrique est un continent où la corruption règne en maître et où plein de pays ne se privent pas de magouiller si cela peut servir leurs intérêts – par exemple pour tout ce qui concerne le volet écologique… Je serais assez curieuse de savoir où l’auteur a puisé son inspiration mais, quoi qu’il en soit, tout le contexte qui entoure l’intrigue est parfaitement plausible. Sombre, c’est vrai, mais plausible. On n’a pas trop de mal à s’y croire, et c’est d’autant plus plaisant que je connais assez peu de livres qui se déroulent dans des pays africains – et encore moins qui se déroulent à notre époque.

Pour revenir à l’intrigue en elle-même, j’ai trouvé qu’elle était bien ficelée tout en étant assez linéaire. Je ne me suis jamais sentie vraiment surprise, mais ça ne m’a jamais dérangée. Là où ce fut plus difficile, pour moi, ce sont les longueurs qui jonchent le récit : oui, ça décolle au bout d’un certain temps, mais ça n’empêche pas que 474 pages, c’est long. Certains passages m’ont semblé assez superflus, de même que les chapitres centrés sur d’autres personnes que Richard – tout en étant connectés à l’intrigue et en apportant des éléments pour mieux la comprendre. Ceci dit, heureusement que les chapitres sont courts voire très courts : ça donne un certain rythme et ça évite que les chapitres qui peuvent vous sembler longs ne soient justement trop longs.

En résumé, ce fut une bonne découverte dans l’ensemble. Passé un début assez lent (n’oubliez pas ce qu’a dit le Grand Pierre-Marie : accrochez-vous !), l’histoire se révèle plutôt prenante de par sa complexité : oui, elle est assez linéaire et marquée par un certain nombre de longueurs, mais le contexte dans lequel elle se déroule lui donne une originalité totalement nouvelle. On sent que l’auteur s’est renseigné pour restituer au mieux le climat délétère qui règne dans tant de régions d’Afrique, ce qui confère à l’ensemble du récit une tonalité assez sombre. Heureusement, Richard, notre héros, est là pour apporter un peu d’espoir : sa détermination à retrouver sa fille et sa capacité à se tirer des pires situations sont toutes les deux assez incroyables. Dans ces conditions, je ne peux que vous le recommandez si vous cherchez un livre qui sort des sentiers battus et qui pointe du doigt des réalités que l’on a trop tendance à ignorer.

Bénédicte Durand

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