Fatherland – Robert Harris – Critic

1964, alors que le IIIème Reich tente un rapprochement avec son ennemi de la Guerre Froide, les Etats-Unis d’Amérique, des dignitaires nazis sont retrouvés assassinés, Xavier March, inspecteur à la Kriminalpolizei, doit mener l’enquête avec diligence car cette affaire pourrait avoir des répercussions internationales.

Mais de quoi parle-t-on ? Les nazis ont été vaincus en 1945 non ? La guerre froide oppose les Etats-Unis à l’URSS j’en suis sûr ! Oui rassurez-vous votre mémoire ne vous fait pas défaut. Cette déformation historique nous est offerte par Robert Harris, écrivain et journaliste britannique ayant notamment travaillé à la BBC. En 1992 il publie cette uchronie (un roman où l’Histoire a dévié du cours que nous lui connaissons pour devenir une histoire parallèle) qui nous convie à un rêve ou plutôt à un cauchemar. Suivons le dans cette histoire qui aurait pu être…

Le point de départ de notre présente uchronie se situe à la charnière des années 1943-1944, l’Allemagne nazie parvient à prendre Bakou et ses champs de pétrole. L’URSS s’effondre. Grâce à de nouveaux sous-marins l’Angleterre est asphyxiée et demande la paix. En 1946 le monde tombe dans la guerre froide entre le Reich et les USA (vainqueurs du Japon de leur côté). L’Europe est mise en coupe réglée, toutes les richesses, toutes les forces vives sont captées par l’Ogre hitlérien. C’est dans ce monde que notre héros mène ses investigations. Xavier March est un ancien sousmarinier, passé dans la police après la guerre. Divorcé, quelque peu désabusé, il jette un regard critique sur le régime en place. En clair notre inspecteur est loin d’être un parfait nazi. Il n’en reste pas moins un homme qui connait son métier et lorsqu’il se penche sur les meurtres dont il a la charge il flaire immédiatement quelques
entreprises louches : les morts sont des dignitaires nazis de la première heure, qui donc pourrait en vouloir au premier cercle du régime ? Et pourquoi la Geheime StattsPolizei, la sinistre Gestapo, s’intéresse-t-elle à ces crimes ? Les indices que March glane à droite et à gauche finissent par lui murmurer un nom de conférence : Wannsee…
Décidément cette affaire est de plus en plus complexe et de plus en plus dangereuse. Avec Fatherland, Robert Harris parvient à nous donner des frissons, son œuvre est un intéressant mélange de polar enroulé dans un cauchemar où la
croix gammée règne sur l’Europe. L’écriture est claire et facile à suivre. De plus l’auteur parvient à entretenir le suspense du début à la fin, le tout étant ponctué d’indices pour celles et ceux qui s’intéressent à cette période sombre. La plongée dans un Reich triomphant est particulièrement réussie, petite mention spéciale pour la description
de Germania : le Berlin tel que l’avait rêvé Hitler et son ministre Speer et qui devient ici réalité. Une ville toute de marbre et de béton, cœur du Lebensraum.

MARTIN NUVILLE

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