Les maîtres enlumineurs – Robert Jackson Bennett – Editions Albin Michel Imaginaire

Attention Coup de Cœur !

 

Robert Jackson Bennett est un auteur américain avait déjà publié American Elsewhere, roman fantastique assez sombre, chez Albin Michel Imaginaire. Mais c’est ici sur de la fantasy cyberpunk qu’on le retrouve et c’est magistral.
L’auteur nous embarque dans les ruelles de la cité de Tevanne, dans une ambiance entre Gênes et Venise. Quatre grandes maisons marchandes s’y partagent les richesses et règnent sur les campos, villes dans la ville, tandis qu’en dehors de ces quartiers huppés il n’y a pas de lois ou de justice mais que la misère et la survie. Les maisons marchandes tiennent leur pouvoir des enluminures, une science qui permet grâce à l’application de sceaux d’enluminures sur un objet de le convaincre qu’il est d’une nature différente ou dans une position différente, en d’autres d’altérer sa réalité. Prenez par exemple une poutre en bois et apposez une enluminure disant « tu es en pierre » et cette poutre sera convaincue d’être aussi solide et durable que du granit. Ce système de magie parait simple au premier abord mais se décline à l’infini. Dans ce monde entre le moyen-âge et la renaissance, dites à un petit objet rond qu’il n’est pas statique mais qu’il tombe en réalité depuis 20 kilomètres, libérez-le, et vous aurez un projectile rapide et mortel. L’auteur arrive ainsi à recréer tout type de nos objets technologiques en enluminant des objets simples : la voiture (à qui on dit que le sol est en pente), la lampe halogène (qui se croit pleine d’un gaz léger), la serrure à code (qui ne s’ouvrira que s’il entend un mot de passe spécifique). Évidemment c’est une science dangereuse et les accidents ne sont pas rares, les sceaux d’enluminures qui fonctionnent sont donc précieusement gardés et la compétition est rude entre les maîtres enlumineurs.
Au milieu de cette magie, Sancia Grado, notre héroïne, est une voleuse hors pair qui essaie de survivre au jour le jour dans les bas-fonds de la cité, loin des riches quartiers des campos des maisons marchandes. Quand on lui demande de dérober un objet étrange qui proviendrait des ruines d’une civilisation disparue, elle se retrouve projetée au milieu d’une intrigue politique qui remettrait en cause l’équilibre des pouvoirs entre maisons marchandes, mais aussi ce que l’on sait même de la magie des enluminures, de leur fonctionnement et de leur origine.

 

Mon ressenti est simple : ce livre est génial ! Cela tient au fait qu’il est parfaitement équilibré. Aventure, réflexion, humanité, enjeux, humour, mystère, rythme. Tout est subtilement dosé.
Le récit fait la part belle à l’action, mais les personnages sont pleins d’humanité et dévoilent des passés très touchants qui s’imbriquent naturellement dans l’intrigue générale. Même un personnage secondaire est rendu tellement vivant qu’on a envie d’avoir un spin off qui ne parlerait que de lui et de son parcours (oui Orso je parle de toi). La galerie de personnages est fournie et diversifiée pourtant aucun ne tombe dans la caricature. Les dialogues sont délicieux avec un vocabulaire parfois fleuri, des touches d’humour et de sarcasme, et également des passages plus emplis d’émotions, ce qui les rend réalistes et proches de nous.

 

J’ai apprécié la ville de Tevanne et ses accents italiens mais il n’y a pas un aspect exotisant de carton-pâte pour autant et on ne se perd pas dans des descriptions des us et coutumes de l’endroit.
Le principe de magie, qui est le plus gros point positif du roman, est intriguant et fascinant mais aussi logique et compréhensible. Il se complexifie au fil des pages et ne nous perd pas en chemin. On retrouve dans cette fantasy des accents de cyberpunk, qui restent en filigrane, et le lecteur en fonction de s’il est aguerri ou non, peut en relever les différents aspects ou passer outre et profiter tout aussi bien de sa lecture.

 

On a donc entre les mains un livre addictif qu’on aime retrouver dès qu’on a une minute, des protagonistes qui sont presque déjà une bande d’amis, une intrigue et des retournements de situation surprenants mais dont les enjeux restent totalement limpides. En résumé, 600 pages qu’on ne voit pas passer.

 

Tout juste pourra-t-on reprocher quelques effets de style en fin de chapitre (« et soudainement tout devint noir », « et soudainement tout explosa autour d’elle », « et soudainement elle perdit connaissance »...) qui en devenant trop répétitifs font un peu sortir du récit.

 

Bref une saga dont on attend la suite avec impatience et crainte, tant on voudrait en profiter encore un moment et ne pas la finir trop vite.

 

Le tome 2 sort chez Albin Michel Imaginaire en 2021.

 

 

Audrey Pleynet

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