« Ecce homo ! ». A.E. Van Vogt (1912-2000), Van Gogh de la science-fiction ?

Calembour facile mais ô combien involontairement proféré par les néophytes de notre art majeur. Combien de jeunes chroniqueurs SF[1] considèrent ce génie de l’âge d’or de la SF américaine enfoui dans la poussière. Soufflez et redécouvrez !

Et vous savez pourquoi tant d’indifférence ? Parce que ce jeune imbécile d’Alfred, qui a appris à écrire grâce à des méthodes à deux balles en vente par correspondance, a non seulement été l’ami de Ron Hubbard, mais pire encore un des grands fans de la dianétique (BEEURK !). A la naissance de l’église de la scientologie, Alfred quitte le navire en désaccord avec Hubbard tout en restant une quinzaine d’années adepte de la dianétique… C’est vrai que ça ne le rend pas très sympathique MAIS l’œuvre est là et ne date pas de ces années.

 

Certains ne s’y sont pas trompés. Dans les années 50 Boris Vian traduit « Le monde des Ā [2]»[3] suscitant d’après Tonton Goimard[4] l’engouement français pour la SF.

D’un point de vue littéraire, les débuts de VV sont… médiocres ! Mais c’est un bosseur qui va améliorer son style tout le long de sa carrière et qui sera massacré par des traductions françaises TRES approximatives, allant même jusqu’au contresens… Mon ami Jacques Sadoul (encore un gamin…) me disait que le monde de l’édition SF français avait souvent péché par manque de moyens pour la traduction et que c’était l’un de ses (nombreux) combats chez « J’ai Lu », il faut dire que la traduction de « War against Rull » (« La guerre contre le Rull ») est un immense gag : l’humour omniprésent dans la VO a totalement disparu dans la VF.

Pour résumer, le non-aristotélicisme est du nexialisme ordonné !

L’œuvre de VV va de plus susciter la réflexion : non- aristotélicisme (Ā)[5], sémantique générale[6] et nexialisme[7] vont envahir les conversations des fans de SF. Pour résumer, le non-aristotélicisme est du nexialisme ordonné ! Bon, sans rire : VV aborde dans ces concepts introduits dans la SF des notions de métaphysique et des interrogations sur le darwinisme qui vont engendrer des polémiques sans fin, dont une réaction très violente de Damon Knight[8] qui induira  en France une réponse superbement orchestrée par Jacques Goimard qui réhabilitera VV sur son piédestal mérité. Sachez enfin que de nombreux écrivains de SF seront inspirés par VV, Philip K. Dick lui-même l’avouera dans ses premières années.

Ne nous trompons pas, A.E. Van Vogt reste un doux dingue…

Ne nous trompons pas, A.E. Van Vogt reste un doux dingue : il tentera toutes les méthodes charlatanesques d’écriture lui passant dans les mains, se réveillera toutes les heures et demi pendant des années car cela lui permettait de résoudre les problèmes qu’il se posait avant de s’endormir et j’en passe, et des meilleures…

Oubliez tout cela et lisez-le, quand on pense que la majorité de son œuvre marquante a été écrit avant les années 5O… Il est sûr qu’une partie de celle-ci a inspiré des films récents comme Alien, Star Trek[9]

Bon, mais que lire ? Pour le néophyte en SF, il ne faut pas hésiter à se plonger dans les nouvelles du maître et en particulier « Le livre d’or de la SF » qui lui est consacré chez Pocket. VV est un excellent novelliste et il a su en recoudre quelques-unes pour faire d’excellents romans comme « La faune de l’espace » à lire à tous prix afin de prendre une leçon d’approche visionnaire. « A la poursuite des Slans » est une très belle métaphore sur la tolérance qu’il serait ingrat d’oublier. Pour les plus pointus, ne pas hésiter à se replonger dans des cycles comme « Les fabricants d’armes »/ «Les armureries d’Isher » et « L’empire de l’atome »/«Le sorcier de Linn » ou l’inratable « Cycle du Ā » avec un bémol  pour « La fin du Ā » qui n’apporte pas grand-chose. Ne pas oublier ses nouvelles jamais insignifiantes. Alfred Eton Van Vogt a vu les premiers jours de l’an 2000 (quoiqu’atteint d’un Alzheimer[10]) et nous en sommes tous contents pour lui !

 

Tyrannosaurus Imperium

 

[1] Moins de 75 ans (Note de la rédaction)

[2] Prononcer non-A (Note de l’auteur)

[3] Baudelaire avait, « quelques » années auparavant, traduit Poe avec des effets similaires (Ndla)

[4] Jacques Goimard, directeur de collection SF (Ndlr)

[5] « Le cycle du Ā » (Ndlr)

[6] « Le cycle du Ā » (Ndlr)

[7] « La faune de l’espace » (Ndlr)

[8] Qui fera amende honorable par la suite écrivant même une nouvelle « A la Van Vogt » (Ndla)

[9] Pour notre écailleux chroniqueur, récent est : postérieur à 1950 (Ndlr)

[10] Maladie frappant les humains au cerveau (autant dire « maladie-sniper ») (Ndla)

2 réflexions au sujet de « « Ecce homo ! ». A.E. Van Vogt (1912-2000), Van Gogh de la science-fiction ? »

  1. « Bon, mais que lire ? »

    Les Armureries d’Isher, À la poursuite des Slans, La Faune de l’espace (oui, la première nouvelle, c’est « Alien »), La Guerre contre le Rull (oui, il s’agit du pitch de « Ennemy mine »), Le Silkie.
    Cet auteur a été si souvent spolié que si vous le découvrez vous risquez de ne pas le trouver très original. Et c’est une très grande injustice.

  2. il a bercé mon adolescence (bref les années 90) suite à une découverte fortuite dans la bibliothèque d’amis de mes parents et la faune de l’espace à clairement joué sur le choix de faire de l’interdisciplinarité dans mon activité scientifique… Un auteur qui mérite surement d’être retraduit pour le relire plus facilement

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