Le Dieu Oiseau – Aurélie Wellenstein

Il y a peu, je vous parlais d’un livre que j’avais énormément apprécié, qui m’avait scotché et embarqué dans son périple onirique. Et bien celui-ci, c’est totalement l’inverse. Qu’on soit bien d’accord, je ne suis pas en train de dire qu’il ne m’a pas envoyé de paillettes pleins les mirettes. Juste qu’il ne m’a pas fait rêver, il m’a pris littéralement aux tripes. Impossible à lâcher, me demandant comment son personnage principal arriverait à s’en sortir, à continuer à avancer, juste survivre quoi. Bref, ce roman a aussi été une claque. On a tellement l’habitude du héros bien propre, à qui il n’arrive que des péripéties qui n’ont de but que de l’aider à avancer, à mûrir et surtout à jouer sur le Pathos du lecteur. Dans celui-là, rien de tout ça. On assiste impuissant à la lente descente aux enfers d’un gamin qui n’a juste pas de chance. C’est ça le plus terrible : son seul tort est d’être né du côté des vaincus. A  partir de là, son unique ambition est de continuer à pouvoir voir un lendemain. Bref, assez parlé du ressenti et parlons un peu de l’œuvre.

Univers fantastique mais pas trop. Un peuple, plusieurs clans et une tradition/religion commune. Les références aux cultures d’Amérique latine précolombienne sont légions. C’est dans ce décor que nous allons suivre le calvaire de Faolan. Ce personnage nous est présenté comme un être chétif, brisé et brimé. Il serait loin d’être le premier personnage principal devenant héroïque grâce à l’aide du karma et de la personnalité optimiste de son auteur sauf que voilà, dans ce roman c’est une toute autre histoire. Sur cette île pas vraiment nommée, il y a une tradition : tous les dix ans, des représentants de chaque clan vont affronter plusieurs épreuves et tenter de ramener un trophée qui permettra, au vainqueur et à son clan de dominer l’île et de faire ce qu’ils veulent pendant un jour.

Le quatrième de couverture pose directement les pires atrocités qu’on puisse imaginer. Le clan vainqueur a le droit de profiter des vaincus de la manière qu’il le souhaite : pillage, esclavage, viol et même cannibalisme. Quand on est vainqueur, on ne se refuse aucun plaisir même les plus sadiques. Faolan est le fils du chef d’un clan vaincu, il voit sa famille subir les derniers outrages puis participer au banquet dans le rôle des hors d’œuvres. Il n’est sauvé que par le plaisir sadique du fils du chef de clan vainqueur. A partir de là, il doit subir toutes les fantaisies perverses de son nouveau maître qui fait bien attention à le garder en vie car dix ans plus tard, le concours recommence. Faolan veut y participer et ne le cache pas, c’est son seul moyen de s’affranchir et de se venger de tout ce qu’on lui a fait subir.

L’énorme intérêt que j’ai pu trouver à ce roman c’est le côté « héros brisé ». Ce type n’a pas eu de chance dans la vie, n’a vraisemblablement aucune espoir  de parvenir à ses fins et avance quand même, réussit chaque jour à mettre un pied devant l’autre sans abandonner. C’est la force du désespoir qui le fait avancer, et c’est quelque chose qu’on retrouve peu dans les romans de fantasy. D’autant que l’auteure, Aurélie Wellenstein est suffisamment douée pour qu’à aucun moment le lecteur n’ait l’impression que le héros va s’en sortir grâce à son aide . La manière dont c’est raconté, donc les scènes nous sont montrées sont plausibles, la chance n’est pas tant présente que ça et le héros se tire des pièges grâce à la rage et le désespoir. Il n’a plus rien à perdre, il le sait et son seul champ d’action, c’est de choisir comment il va y rester. D’autant qu’il est suffisamment égoïste pour préférer mourir par ses actes plutôt que de la main d’un autre.

Que dire d’Aurélie Wellenstein ? C’est avec ce roman que je l’ai découverte alors qu’elle a déjà signé une dizaine d’œuvres toutes aussi poignantes. L’une de ses grande qualités est que ses romans  des one-shot  : pas de suite à attendre, pas de cliffhanger qui tient en haleine. L’histoire se termine et on se surprend à se dire que ce n’est pas plus mal et qu’on va enfin avoir le temps de relire un ou deux passages, de peur qu’un élément nous ai échappé, ainsi que pour comprendre ce qu’a voulu nous raconter l’auteure au-delà des mots. Sa plume est acerbe, sans fioriture ni frivolité, les décors, de même que les personnages secondaires, sont au service de l’intrigue et la question qui taraude à la lecture des mésaventures de son personnage est : aime-t-elle son héros ?

En somme, une excellente découverte grâce à Scrinéo dont il me tarde de lire les autres titres.

 

Pierre-Marie Soncarrieu

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