L’insondable profondeur de la solitude d’Hao Jingfan chez Editions Fleuve

Ne voilà t’il pas que le playboy d’imaJn’ère m’offre un livre pour mon anniversaire (à plus de soixante millions d’années, je me demande ce qu’il peut savoir mais bon…).
Un recueil de nouvelles. Ça a ses qualités et ses défauts un recueil de nouvelles. Si c’est ennuyeux : ça ne dure pas longtemps, si c’est génial : on a un sentiment de frustration.
A mon grand dam, je n’ai pas souvenir d’avoir lu de la science-fiction chinoise. De la blanche oui ! Ba Jin, Lu Xun et quelques autres…

En plus j’apprends qu’une des nouvelles du recueil « Pékin Origami » a eu le prix Victor Hugo Gernsback de la nouvelle. Bon, OK, le prix Hugo a longtemps été une référence mais certains choix de cette dernière décade me paraissent pour le moins approximatif, mais n’oublions pas que je suis une vieille bête ronchonneuse (c’est ça court toujours).
Commençons…

 

Justement avec « Pékin Origami », le Hugo.

Une nouvelle dystopique ! J’adore. Les premières pages content les aventures du héros dont la profession est trieur de déchets. Il essaie de rencontrer un homme qui pourra lui donner un indice pour passer dans le « premier espace », lui vivant dans le troisième. Il erre dans une ville aux rues étroites, aux immeubles d’habitation gigantesque bourrés d’appartements minuscules, sales et mal entretenus. Des camions dans la rue servent des repas sordides à base de nouilles et autres, et si vous avez un peu de thunes vous pouvez vous payer quelques lamelles de viande à mettre dedans. Le héros aimerait bien que sa fille adoptive trouvée sur son palier de porte (c’est beau…) trouve une école maternelle de qualité mais ça coûte une blinde et il a une idée géniale pour toucher le pactole. Bon, vous l’avez compris, c’est moche, ça pue, c’est la misère, bref c’est les pauvres !

La ville se découpe en trois espaces qui représentent les classes sociales ! Le troisième dans les ordures pour les pauvres, le deuxième pour la classe moyenne et les étudiants et la première pour les gouvernants et les riches qui, ô surprise, vivent dans de grands espaces avec de jolies maisons et de grandes avenues propres ! Deux espaces se replient en ouvrant un autre sous les yeux « émerveillés » des routiers coincés sur l’autoroute à la limite des changements de morphologie urbaine. Les gens sont gazés dans les espaces repliés et bossent dans l’ouvert.

Vous vous souvenez de Dark City ? Quoi vous n’avez pas vu Dark City ? C’est du dystopique au cinéma avec des décors classiques mais avec un scénario très original. Bon, ça a fait un flop au box-office mais c’est totalement injustifié. Allez le voir où je vous bouffe !

Notre héros va donc grâce à un complice passer dans le second espace pour devenir facteur pour un étudiant amoureux et porter une lettre à destination d’une jeune femme du premier espace. Ceci pour un an de salaire dans le troisième espace. Après l’avoir rencontré et écouté ses inepties digne d’une collégie  écolière de CM1, la jeune femme lui donne tout son argent de poche de la semaine qu’elle a sur elle, soit la même somme ! Donc, le brave héros retournera dans son troisième espace tout meurtri physiquement avec deux/trois ans de salaire qui vont lui permettre de payer une bonne école maternelle à la petite orpheline qui l’a recueilli… Chouette hein ?

Insondable OK ! Profondeur, va falloir faire appel à la caméra de contrôle ! Solitude : oui, je me sens très seul c’est vrai.

Passons à la nouvelle suivante : Au centre de la prospérité.
Je ne vous l’ai p’tet’ pas dit, mais je suis un grand fan de musique classique (mais pas que…) et particulièrement de violon !
Et Pourtant.
Une jeune violoniste chinoise… Oh, oh ! Une orpheline p’tet’ ? Bref ! Une jeune violoniste chinoise vient parfaire son art à Londres. Elle en profite pour  laisser au pays son mari un peu placide, genre une moule accrochée à son rocher. Le séjour à Londres lui permet de se rendre compte qu’elle est beaucoup plus douée pour la composition que pour l’instrument.
ET PAF ! Attaque extra-terrestre : des géants humanoïdes métalliques, invincibles qui détruisent les défenses planétaires et écrasent la moindre tentative de résistance. MAIS, ils épargnent systématiquement les scientifiques et… les artistes. Et pourquoi pas les plombiers ?
Notre héroïne va devenir une compositrice hors pair, une célébrité, aidée en cela par les ET, sans qu’elle s’en rende compte ! Incroyable hein ? Je ne vous spoile pas la fin, il n’y a pas de raison que je sois seul à constater l’absurdité du dénouement de cette nouvelle décousue, d’un pontifiant narcissisme.

 

Bon, je ne sais pas si je vais arriver à finir le recueil mais après tout, je suis un reptile professionnel.

Le chant des cordes

Où il est question de musiciens qui vont tenter de détruire la Lune où sont postés les ET métalliques. Il est vrai que, les pauvres, ils  doivent s’ennuyer à rouiller.
Alors là, je ne résiste pas à vous dévoiler une innovation scientifique d’une originalité confondante.
Dans notre futur, il est nécessaire d’envoyer des « choses » dans la Lune et de récupérer du minerai sélénite, tout ça… Qu’à cela ne tienne, on installe entre la Terre et la Lune, un nano-câble en duralumin –ta mère-expansé et on envoie hommes, matériels, marchandises et tutti quanti par le câble.
Bon OK, mais il est accroché où le câble sur Terre ? Parce que bon en dehors des adeptes de la Terre plate, tout le monde sait que ça tournoie dans tous les sens les corps célestes.
Idée de génie, on l’accroche à un chariot qui tourne à toute vitesse autour de la Terre.
Mais bon sang, mais c’est bien sûr !
Ça doit être super simple de monter dessus pour envoyer ou récupérer des « choses » !
On aimerait bien le voir en « vrai » le chariot hein ? Mais ne pas traîner trop sur son chemin.

Bon le pitch. L’art est devenu très couru depuis qu’on sait que les ET ne font pas de mal à ceux qui le pratiquent (Je vais faire une nouvelle où les ET ne font pas de mal à ceux qui ne pratiquent pas l’évasion fiscale, le pays va se remettre en un an !).
Le mari d’une violoniste parti en Angleterre ( Ah ! Ne serait-ce pas notre moule de la nouvelle précédente?) rentre dans l’organisation de résistance musicale qui va tenter de réunir un orchestre près du Kilimandjaro et jouer près du chariot câblé qui passe afin de  créer une onde de résonnance qui va faire vibrer le nano-câble et par là même détruire la Lune et un gros bout de Terre qui devrait cependant résister à la destruction totale… Si ça se trouve.

Je ne vous raconte pas la fin au cas où l’un d’entre vous désirerait quand même lire ce foutu bouquin !

 

Vous me connaissez, j’ai un bon fond… Mais là… Franchement…

J’avoue, je me suis arrêté là.

 

L’histoire des nouvelles raccordées entre elles et qui font un roman, on connait. Quitte à en lire un, je conseillerai même de lire « La faune de l’espace » d’un certain AE Van Vogt, qui mériterait sûrement une nouvelle traduction, une nouveauté qui date de 1950 (avec deux nouvelles de 1939) où l’on découvre entre autres une créature qui fait penser irrémédiablement à Alien.

De plus  l’alibi de métaphysique de l’œuvre m’échappe. Mais ce ne serait pas la première fois que métaphysique est utilisé de manière… inadéquate. Je vous recommande la lecture de Kant, c’est plus poussé sur le sujet.
N’oublions pas qu’en France, nous avons vraiment de grands écrivains de science-fiction avec de vrais cerveaux. Je ne citerais que Sylvie Denis et Laurent Genefort pour exemples vivants, mais il y en a d’autres. Alors Monsieur Victor Hugo Gernsback, soyez gentil de les lire… Ou je vous bouffe !

 

Tyrannosaurus Imperium

 

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