Rahan, ce héros de la Préhistoire au visage si doux

Issue de la fertile imagination de Roger Lecureux, et dessinée par Chéret, la première histoire de Rahan sort dans le N°1 de Pif Gadget en 1969. Mon petit frère avait à l’époque 7 ans et avait été brillamment abonné par mon oncle communiste à la revue. Rahan a été une révolution dans nos comportements d’enfants (à 8/10 ans nous étions encore des enfants à l’époque !). Ce grand gaillard blond et musclé, vêtu d’un pagne et armé d’un coutelas en ivoire a une vie de nomade dans la préhistoire et va croiser des tribus d’humains « ceux qui marchent debout » ou ’humanoïdes (anthropoïdes pour la plupart) et va vivre de nombreuses aventures dont certaines totalement irréalistes mais nous nous en moquions complètement ! Il était possible par exemple que Rahan ait maille à partir avec des dinosaures qui n’auraient normalement pas pu exister à son époque. Rahan apprend très vite et n’hésite pas à partager ses connaissances. Pour prendre un exemple précis, il va apprendre à une tribu qu’il a fallu au préalable amadouer, à faire du feu sans être obligé de le conserver 24h/24 en attendant que la foudre en génère un nouveau. Et le feu à cette époque est un outil de survie, pas seulement de cuisine. Il repousse l’intégralité des fauves qui sillonnaient à l’époque des contrées où l’homme n’était pas le prédateur ultime. Il permet aussi de chasser de grosses pièces de gibier qui permettront de nourrir l’ensemble de la tribu pendant une semaine. Rahan perd sa mère pourchassée par trois tigres à dent de sabre alors qu’il était bébé. Il est recueilli par une tribu qui va l’élever. Il a gardé de cet acte de pure bonté un mélange de considération pour les personnes altruistes et surtout la volonté d’aider son prochain à vivre mieux. Ses aventures sont passionnantes, à tel point que de nombreuses rééditions ont vu le jour. Alors n’hésitez pas à traverser les âges farouches avec Rahan dont les aventures à quelques maladresses près sont restées très actuelles.

Pour terminer cette chronique, une petite anecdote. Ancien bouquiniste à Angers, j’ai eu, il y a quelques années, la visite de trois personnes, une dame âgée accompagnée d’un couple d’une cinquantaine d’années. L’homme s’extasia devant mon rayon dédié à Rahan en feuilletant le premier numéro du magazine éponyme (1ère série). Il le montra à la vieille dame qui me demanda si j’aimais Rahan et pourquoi ? Je lui répondais que Rahan était la réponse laïque à des valeurs habituellement défendues par la presse jeunesse catholique de l’époque, soutenant des valeurs, comme la
fraternité, la solidarité et la tolérance. Quelle ne fût pas ma surprise de voir cette femme éclater en sanglot et me serrer dans ses bras. C’était Madame Lecureux. Une fois remise de ses émotions, elle m’a raconté de nombreuses anecdotes sur son époux, Rahan et l’universalité mal connue du personnage. Des témoignages allant d’une coiffeuse au Brésil à un bijoutier russe. Il existe bien sûr quelques maladresses dans Rahan, essentiellement liées d’ailleurs aux rôles des femmes. Il faut lui donner l’excuse d’une autre époque.

JEAN-HUGUES VILLACAMPA

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