CARABOSSE, la légende des cinq royaumes – Michel Honaker – Edition Flammarion

Pour nos petites âmes sensibles de jeunesse on nous a raconté des tout jolis contes de fées, des romances à l’eau de rose et tout ce qu’il faut pour nous faire rêver (d’innocence oui). Ces romans n’ont pas une ride (chance !) puisque aujourd’hui encore réalisateurs et écrivains se remettent à la planche pour moderniser et redécouvrir ces histoires.

Qui ne connait pas l’histoire d’Aurore endormie pendant plus de cent ans par un maléfice jeté par la vilaine fée ?! Peu d’entre vous forcément. Mais si je vous demande de me raconter l’histoire de Maléfique, la vilaine fée qui jette un sort à la princesse Aurore, là je vous pose une colle ! C’est toujours pareil, « les-tout-gentils-tout-beaux-toutpropres»
sont des idoles, des rêves, des stars, des HE-ROS ! Et les méchants, bah ils sont méchants (point) !

Mais ça tombe bien parce que vous allez pouvoir en savoir plus, maintenant que vous avez grandi vous êtes prêts à en apprendre plus sur ces personnages obscurs mais essentiels à ces histoires ! Et oui, un mythe à toujours son origine,
mais pas forcément la plus heureuse…

Tout récemment est sorti dans les salles « Maleficient », un film de Robert Stromberg qui vous dévoile l’envers du décor Disney. Mais tout récemment aussi est sorti chez vos bouquinistes « Carabosse ; la légende des cinq royaumes » de Michel Honaker. Et c’est là que je souhaite attirer plus particulièrement votre attention (si douce et délicate). Cet écrivain français a expertisé sa plume autour d’une trentaine de romans SF et polar avant de s’être tourné dans la littérature jeunesse, aventure et fantastique. Dans cette œuvre, il revisite le conte de La Belle au Bois Dormant et offre un voyage dans les noirceurs des contes de fée, là où rares sont ceux qui ont osé s’aventurer, où alors seulement une fois plus âgés. Vous aussi vous êtes courageux?! Alors lisez !

Au commencement de La Belle au Bois Dormant furent deux fées toutes deux aussi magnifiques que le jour et la nuit. Eléonore, blonde et charmante comme le jour et Cara, brune et si belle que l’on en oubliait son dos bossu. Une enfance paisible où chacune appris de ses talents de fée. Mais lorsque l’amour vint à leur rencontre, si celui-ci préféra la beauté du jour il négligea les effets de la déception d’un amour, de la jalousie d’une sœur, et de l’amertume de la rancœur. Ainsi, puisque la lumière ne choisissait pas Cara, l’ombre répandit sa revanche sur tout le royaume :
lorsqu’Eléonore et le prince eurent leur première fille, Cara offrit comme cadeau de baptême à sa nièce … la mort. Heureusement la fée Lila, marraine d’Aurore, n’avait pas encore offert son présent et contra le maléfice en plongeant Aurore et son royaume dans un profond sommeil (seulement !). Seul un prince noble et aux sentiments purs saura la réveiller en lui offrant son amour. De cette histoire nous en connaissons la trame mais finalement pas tous les détails
(croustillants !).

Il se passe en réalité cent ans avant que la fin de l’histoire que nous connaissons se concrétise. Et l’originalité de ce roman est donc entière puisque non seulement il creuse la légende et fouille dans le cœur brisé de la fée Cara, mais explore également ces cent années, ce qu’il s’y ait vraiment passé et l’enfer qu’ont connu les quelques survivants. Pendant toutes ces années la fée Lilas et le nain Trublion, parrain d’Aurore, sont parti à la recherche d’un prince que
Carabosse (nouvelle vie = nouveau pseudo) n’aurait par hasard pas encore fait tuer…

Finalement derrière la noirceur de certains personnages que vous rencontrerez, beaucoup de questions surgiront, des questions que la gentillesse des contes de fée épargne parfois. Comment la déception peut être forte au point de
transformer la fée Cara en une redoutable Carabosse ? Un prince ne se résume-t-il qu’à un titre royal, un héros qu’au port d’armures et d’épées ? Et la pureté des sentiments comment la reconnaissons-nous ?

Des questions auxquels Hugo, jeune saltimbanque, ne manquera pas de vous répondre : «Des sentiments purs? Enchaîna Hugo en daignant à peine se retourner, tout à son spectacle. Un artiste a-t-il autre chose dans le cœur? Existet-il un art qui ne soit inspiré par ce qui appartient au plus profond de l’âme? Existe-t-il un créateur qui ne veuille s’adresser à son semblable pour partager avec lui un peu de rêve et le soulager du fardeau de ses peines? Je ne suis que sentiments purs, ma fée, car je ne désire rien pour moi et tout pour mon œuvre. Je suis prince aussi bien acclamé par des inconnus que solitaire dans le vent et la pluie». (Ah oui ça calme !)

Cette nouvelle version romanesque est envoutante ! Tragique certes mais envoutante ! Elle apporte une autre dimension à la légende, sans en oublier le conte. Le personnage de Cara est captivant, celle que l’on devrait haïr, à l’origine de tous les malheurs du Royaume, nous touche. Malgré sa grande beauté elle ne voit que sa bosse et la honte
qu’elle lui a value auprès de son prince. Elle ne souhaite qu’une seule chose s’en débarrasser afin de mériter elle aussi l’attention et l’amour dont chacun est légitime.

Michel Honacker en dresse un portrait subtilement humain, pour lequel nous nous surprenons parfois de connaître une forte compassion. Et pourtant … ‘même pas eu besoin de me faire ensorceler pour ça ! Saurez-vous relever ce défi vous aussi ?

MARIE-CHARLOTTE GUILLOU

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