Helstrid de Christian Léourier Chez Le Bélial

Alors Christian Léourier… Découvert grâce à Xavier Dollo et sa défunte maison d’édition Ad Astra avec l’incroyable « Le cycle de Lanmeur » quasi intégralement réédité chez Folio SF petits veinards (il semblerait qu’il manque la préquelle). Un space op’ français empli d’une poésie rare à l’écriture léchée qui doit faire se donner des coups de cravaches à un certain nombre d’auteurs de la « blanche ».

Helstrid est une planète pour le moins hostile : des températures frisant le -150°C quand il fait beau avec des tempêtes de vent et des secousses sismiques. Mais elle possède des ressources intéressantes en minerais. La « Terre » y a donc placé une base et des postes avancés afin de la piller avec méthode. Tout est automatisé et quelques êtres humains hautement qualifiés « gèrent » l’ensemble ou tout au moins vérifie le travail des intelligences artificielles (IA) mais il y a aussi quelques grouillots de base dont Vic, le héros de la novella.

Vic a quitté sa vie d’avant pour une histoire d’amour qu’il a appréhendé comme un naze et est parti bosser là-bas au loin. C’est dommage car quand il reviendra, l’amour de sa vie aura une centaine d’années. Pour notre histoire, il est chargé du ravitaillement d’un avant-poste. Trois véhicules articulés partent donc, il est dans l’un d’entre eux. Vous noterez que je ne dis pas « il conduit l’un d’entre eux ». Non, il est juste passager puisque son véhicule est sous le commandement d’Anne-Marie, l’intelligence artificielle de son « camion ». Elle est super sympa Anne-Marie, en plus de conduire le véhicule dans des conditions terribles, elle s’occupe de manière tout à fait amicale, voire affectueuse de Vic, elle le nourrit, le cajole, prend soin de ses réactions. Lui s’en contrefout : c’est une machine et rien de plus, c’est lui l’humain, c’est lui le chef. D’ailleurs il veut battre le record de jonction entre la base principale et l’avant-poste. Ce qui ne sert à rien.

Ne le cachons à personne : Vic est un con. La pauvre Anne-Marie qui doit être assujettie aux lois d’Asimov est bien enquiquinée car elle doit s’occuper de lui et du coup ne pas emprunter des passages dangereux que franchissent avec témérité ses deux « copines », IA elles aussi, qui conduisent les deux autres véhicules.

Le récit raconte donc un trajet entre deux points dans un véhicule dont le passager est enfermé. ET c’est une belle réussite. Le sujet n’aurait pas supporté 50 pages de plus je vous l’accorde mais la maîtrise de la narration est splendide comme la langue. Helstrid est vraiment un enfer climatique, chimiques et autres –iques mais la technologie humaine est tellement avancée que ça n’a aucune importance. EN revanche, les phénomènes climatiques tectoniques et autres… rendent le voyage passionnant. Pour le lecteur. Car Vic s’en fout, il se morfond sur lui-même et ses échecs.

Ananas sur le kouglof : l’ouvrage a été récompensé par un prix aux Utopiales et le Grand Prix de l’Imaginaire.

Enfin, une mention spéciale pour les couvertures de cette collection réalisées par Aurélien Police d’une rare beauté. Je n’ai pas bien compris le rapport avec l’histoire, mais soyons clair : on s’en moque et je suis sûr qu’en m’appliquant très fort, je pourrais en trouver.

 

Jean-Hugues Villacampa

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