Dévoreur – Stefan Platteau – Edition Des Moutons Electriques

Dès les premières lignes, j’ai trouvé l’histoire très étrange, à tel point que j’ai failli laisser tomber. Mais le livre se trouvant être plutôt court, j’ai décidé de lui laisser une chance. J’ai poursuivi ma lecture – dans trois pages, j’arrête.

Eh bien ! Il se trouve que je l’ai fini en une matinée. J’ai tout lu d’une traite tant j’étais impatiente d’avoir le fin mot de cette histoire hors du commun.

Influencé par une étoile néfaste, Vidal, un éleveur d’ânes sympathique et sans histoire, devient un être cruel qui violente ses enfants et laisse mourir ses animaux. Aube et son mari, Peyr, s’efforcent de comprendre la raison de cette évolution et d’y mettre un terme avant qu’il ne commette un acte irréversible. D’autant que cette malédiction fait écho à de vieilles légendes locales. Des légendes qui parlent d’ogres gigantesques.

Le principe de cet univers est simple : la lumière des étoiles (incluant le soleil, Syros) influence le cœur des hommes, et leurs pouvoirs peuvent être appelés par les mages. Il y a cinq étoiles fastes et trois étoiles néfastes. Autrefois extrêmement proches de la Terre, elles se sont aujourd’hui éloignées, accordant un plus grand libre-arbitre aux hommes. Alors comment se fait-il que Kiavathi brille si fort au-dessus de la maison de Vidal ? Comment se fait-il qu’elle soit capable de l’influencer mentalement, et surtout physiquement ? Comment Vidal, père attentionné toujours de bonne humeur, peut-il se laisser persuader à ce point ? Ce n’est qu’à la toute fin qu’on aura la totale vérité. Et quelle vérité !

Malgré la faible épaisseur du livre, Stefan Platteau a creusé ses personnages. J’ai été touchée par la mère combattive mais impuissante qu’était Aube, et j’ai été intriguée par Vidal, l’ogre affamé et sans cœur. Son évolution est certes radicale dans les débuts, mais sa psychologie est détaillée peu après en un long dialogue qu’il échange avec son ex-meilleur ami.

Ce dernier étant un mage, il maîtrise la magie des étoiles et déploie des pouvoirs qui dépassent le commun des mortels. Pourtant, cette affaire sanglante lui donne du fil à retordre – surtout que la vie de ses enfants est en jeu. Il se
retrouve en difficulté, inhabituellement limité dans ses choix. C’est le protagoniste que j’ai le moins aimé – trop lisse, trop parfait – mais cela ne m’a pas gênée dans ma lecture.

Revisiter le mythe de l’ogre – du père cannibale et indigne – pour l’adapter aux lecteurs adultes était un pari risqué, mais réussi. Car Stefan Platteau se place non plus du côté des enfants, mais de celui des parents (qui échouent, qui deviennent mauvais, qui se battent, qui sauvent). Il faut dire aussi que l’auteur est un historien de formation dont on dit qu’il se passionne pour les mythes. Avec Dévoreur, il n’en est pas à son coup d’essai : il est déjà l’auteur de plusieurs spectacles d’histoire vivante.

Dans ce roman, il a très bien su interpréter la voix de chacun de ses personnages. La dimension psychologique est importante, voire capitale ; et c’est ce que j’aime dans les livres de ce genre.

En bref : contrairement à ce que je pensais, j’ai bien aimé cette lecture. C’est une agréable surprise qui m’a donné envie de lire Les Sentiers des astres quand j’aurai plus de temps.

CLEMENCE DE GINESTET

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