20 000 LIEUES SOUS LES MERS – JULES VERNE

En ce début d’année 2015 je me suis posé une question. Pourquoi aimons-nous l’imaginaire ? Pourquoi notre monde ne nous suffit pas ? Notre époque invente et met au point des techniques et des technologies qui seraient considérés comme de la magie par nos ancêtres. Et quand je dis ancêtre je ne pense pas à notre aïeul de Cro-Magnon dont le summum du goût vestimentaire était un slip en peau de bison. Non non, je parle de nos ancêtres du siècle dernier,
nous vivons mieux que toutes les générations qui nous ont précédé mais nous continuons de chercher ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’un jour il y a eu un déclic, parce que un jour nous nous sommes plongés dans cette grande invention du Moyen-Age : le roman. Dans mon cas je m’en souviens parfaitement, fan de film de science fiction (Star Wars en tête) le livre ne pouvait à mon sens pas transmettre le même espoir d’audelà que l’image. Je me trompais lourdement. J’étais en 6ème lorsqu’on me demanda de faire un exposé sur un livre que j’avais lu, la prof ayant bien précisé « pas de livre d’histoire »… Je demandais donc un conseil à mon père et celui-ci me mit entre les mains un Jules Verne : 20 000 lieues sous les mers.

1866, un terrifiant monstre marin attaque les navires aux quatre coins du globe. La bête est énorme, rapide et fracasse les navires comme si il s’agissait de vulgaires fétus de paille. C’est l’émoi dans le monde maritime, financier et dans le monde scientifique représenté par l’un de nos principaux protagonistes : le Professeur Pierre Aronnax. Ce dernier suivi de son fidèle valet répondant au nom de Conseil se penche sur le cas au nom de a science. Quel diable d’animal cela peut-il bien être ? Pour le vérifier il n’y a pas 36 solutions, notre scientifique embarque à bord d’une frégate américaine pour la chasse au monstre. A son bord un célèbre harponneur : Ned Land. Alors que la traversée se passe sans aucun signe du montre et que l’on approche du terme de l’expédition, la bête est enfin repérée. Celui-ci
attaque la frégate et nos trois compères sont précipités à la mer. La frégate en perdition ne peut les repêcher. Après plusieurs heures d’angoisse ils retombent sur le monstre. Quelle n’est pas leur surprise de découvrir que ce monstre est fait de métal ! Il s’agit d’un engin sous-marin révolutionnaire et c’est à son bord qu’ils font la connaissance de son propriétaire : le capitaine Nemo.

Le roman est raconté par Pierre Aronnax, c’est lui qui nous entraine à l’aventure sous les mers en compagnie de Nemo et des autres créatures fantastiques qui peuplent les fonds marins. Lorsque Jules Verne écrit ce roman on ignore à peu près tout du monde marin. Certes les hommes naviguent sur tous les océans depuis plusieurs siècles mais ce qui se passe sous la surface est inconnu, ignoré, redouté. Notre auteur a donc toute latitude pour s’emparer de cette « terre » vierge et en faire son nouveau terrain de jeu. Le maitre de ce royaume est le capitaine Nemo. Personnage énigmatique dont le nom même est un mystère, nemo signifiant personne en latin, à comprendre dans le sens qu’il n’y a personne. Nemo est le créateur du Nautilus, le submersible avec lequel il parcourt librement les
2/3 du globe terrestre sans rendre compte à qui que ce soit. Grâce à un procédé de son invention il a accès à une source illimitée d’électricité avec laquelle son sous-marin est parfaitement autonome. Quant à son équipage il est également auto-suffisant, l’océan lui fournissant tout ce dont il a besoin : nourriture, matières premières… Par
les yeux d’Aronnax nous voyons la vie sous les eaux. Le sous-marin nous passionne car contrairement au simple navire il peut plonger dans les profondeurs, découvrir des choses nouvelles ou anciennes et combattre des créatures
de sagas. Le très beau film de 1954 nous offre un combat contre un calmar géant, dans le livre c’est un banc de calmars géants ! Mais ce n’est qu’un épisode du livre qui en offre bien davantage : le passage sous la banquise, la visite des ruines de l’Atlantide….

Outre le côté voyage merveilleux il y a en toile de fond un combat. Un combat entre Nemo et le reste du monde. Ce dernier attaque des navires bien précis, appartenant à une « nation maudite » pour laquelle le capitaine voue une
haine sans bornes. Cette nation lui a fait quitter la terre pour la mer et il porte le combat partout où il le peut. Mention spéciale pour la scène où le Nautilus est pris en chasse par un vaisseau de guerre naviguant sans pavillon (au mépris de toutes les règles de navigation de l’époque), Nemo répond en arborant le sien : un étendard entièrement noir avec, au centre, un N d’or. La scène est sublime : Nemo, seul, son étendard claquant comme un défi à la face des puissances terrestres.

Certains ne s’expliquent pas le succès de ce livre. Moi il m’a conquis. L’océan c’est la liberté, même aujourd’hui plus de 80% de leur fonds sont inexplorés. On en connaît plus sur l’espace et notre galaxie que sur nos propres fonds marin. Ce livre nous plait car justement il reste une référence pour peupler ces mers vierges de présence humaine par nos rêves. Voilà pourquoi nous aimons l’imaginaire : même adulte nous n’oublions pas nos rêves. La preuve ? Elle tient en une petite anecdote historique : le premier sousmarin nucléaire du monde, lancé en 1955, porta le
nom de Nautilus.

MARTIN NUVILLE

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