« L’île mystérieuse » de Jules Verne

Jules Verne est un écrivain populaire du XIXème siècle qui a marqué l’inconscient collectif de tous les âges. Son œuvre est énorme et pour des raisons que je m’explique mal, le roman phare se trouve être « Vingt mille lieues sous les mers ». C’est un superbe roman d’aventure qui conte les pérégrinations de trois hommes dans un sous-marin électrique « Le Nautilus » sous le commandement du Capitaine Nemo (non, pas le poisson clown de Disney) d’origine hindoue et qui préfère la vie sous-marine à la promiscuité de ses contemporains qu’il déteste.

Ce qui est en revanche moins connu du profane est le fait que ce roman a deux suites (qui peuvent se lire séparément) : « L’île mystérieuse » et « Les enfants du Capitaine Grant » ou Nemo fait des passages éclairs mais remarqués.

Intéressons nous à « L’île mystérieuse » qui à mon goût est le plus beau roman d’aventures du XIXème avec « Le comte de Monte Cristo » d’Alexandre Dumas.

Résumer l’ouvrage est une gageure. Cinq hommes s’échappent de Richmond dans un ballon « dirigeable » qu’une tempête dépose sur ce qui s’avèrera une île. Tout cela ne va pas sans mal comme vous pouvez l’imaginer.

La joyeuse équipe est composée de cinq hommes, Cyrus Smith un ingénieur ingénieux, Gédéon Spilett un journaliste (comme ils étaient à l’époque) : intelligent, pratique et intègre, Pencroff un marin baraqué et aussi, Harbert Brown un jeune homme de quinze ans, botaniste à ses heures et qui sera notre héros de référence car l’identification à ce personnage est simple, et enfin Nab, le domestique noir au solide bon sens.

La magie de l’œuvre réside dans
l’alchimie de solidarité de ce petit
groupe. Le coté pratique de Cyrus
Smith confine à la magie. Cet homme
sera capable de faire du feu sans
outils traditionnels, fabriquera des
briques, des bougies, des vitres et
même un ascenseur ! (Et je ne vous
donne qu’un échantillonnage…).

Robinson Crusoé est un enfant de dix ans comparé à ces cinq là.

Outre les découvertes botaniques, zoologiques, techniques, les rencontres avec d’autres êtres vivants sont étonnantes et instructives.

L’idée d’humanité y prend tout son sens et comme souvent avec Jules Verne le dépassement de soi face à l’épreuve est à l’honneur.

Malgré les écueils qui vont parsemer le chemin de ces hommes, et le courage, la culture pratique et l’intelligence qu’il va falloir montrer on envie ces aventuriers qui vont finir par réaliser le but de tout être humain : dépasser l’obstacle et en sortir grandi.

Trois personnages vont croiser leur route. Le premier est Jup, un anthropoïde du genre chainon manquant qui passera au contact de nos héros au statut de presqu’humain (lui manque la parole). Le second est Ayrton qui est retourné à l’état sauvage du fait de sa solitude. Le dernier Nemo lui-même qui au vu de la réussite humaine de nos cinq Robinson va se demander s’il ne s’est pas trompé toute sa vie sur l’humanité (et il était temps).

L’ouvrage a bien entendu ses défauts, par exemple une forme de racisme bon enfant. Nab est le premier à pouvoir communiquer gestuellement avec l’anthropoïde par exemple. Mais ne jamais oublier que le roman a été écrit en
1874 et qu’à cet époque, pour les occidentaux, le statut de l’homme noir était qu’il sortait tout juste de l’animalité (et encore pas pour tout le monde). Jules Verne nous a donné au contraire un Nab qui pense en finesse et fait part d’une immense humanité s’attirant le respect et l’amitié profonde de ses condisciples naufragés.

« L’île mystérieuse » est un œuvre envoutante qu’il est difficile d’oublier. Ne vous laisser pas effrayer par l’écriture un peu surannée du XIXème siècle, c’est en fait une petite musique que vous dresserez vite et qui vous accompagnera
comme un thème au travers de la lecture de ce roman qu’on souhaiterait ne pas voir se terminer.

JEAN-HUGUES VILLACAMPA

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