1940. Et si la France avait continué la guerre… Par Frank Stora, Loïc Mahé, sous la direction de Jacques Sapir – Aux Edition Tallandier

Après la terrible offensive de mai et la déroute des armées françaises et du corps expéditionnaire anglais, les Allemands se lancent à la conquête du reste du territoire métropolitain français. Paul Reynaud, président du Conseil, et Charles de Gaulle, ministre de la Guerre décident de transférer toutes les forces encore disponibles dans les territoires français d’Afrique du Nord. Mais pas seulement les combattants, le gouvernement, les parlementaires, le maximum d’avion, de chars, de blindés, de moteurs, de machines-outils, de personnels qualifiés… Tout ce qui peut être utile à la poursuite de la lutte doit partir ! Il en va de la survie de la France : c’est le Grand Déménagement.

Cher(e)s ami(e)s lecteurs et lectrices, la fin de l’année et le vent froid nous ramène un parfum d’uchronie. Vous savez bien, ce style littéraire où l’Histoire officielle subit un changement pour devenir une histoire alternative pour notre plus grand plaisir de lecteur. Le livre que je vous propose est original à plus d’un titre. Tout d’abord il n’est pas l’œuvre d’un auteur à succès ou spécialement écrit pour des amateurs de l’Imaginaire. En effet cet ouvrage est un condensé d’articles écrits par de nombreux auteurs sous la direction de trois personnes : Jacques Sapir, Frank
Stora et Loïc Mahé. Le premier est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), le deuxième est journaliste et spécialiste des jeux de simulation. Quant au troisième, il est ingénieur informaticien.

Ces trois directeurs de rédactions nous offrent un récit haletant de l’année 1940, grâce à des études extrêmement minutieuses, des reconstitutions, des témoignages… ils nous livrent ce qui aurait pu être. Le postulat de départ est
simple, vous l’aurez compris si vous êtes arrivé jusqu’ici. La France refuse de cesser le combat et continue la lutte contre l’Allemagne nazie. L’idée est de se replier sur les colonies et de continuer le combat à partir de ces dernières. Le récit est écrit de telle façon que l’on suit au jour le jour les évènements à partir du mois de mai jusqu’au 31
décembre 1940. Chaque jour voit ainsi l’énumération des évènements militaires, des décisions politiques, économiques, diplomatiques qui ont lieu. Nous sommes littéralement plongés dans un livre d’histoire écrit de nos jours mais relatant des évènements qui n’ont jamais eu lieu.

Si la quantité d’informations et les très nombreuses abréviations peuvent rebuter au départ, l’intérêt du livre nous fait vite oublier ces petits désagréments. Le lecteur est au cœur des évènements, avec de Gaulle lors des décisions du
Conseil et le paragraphe suivant avec les soldats donnant leur vie pour retarder l’avance allemande afin de donner le plus de temps possible à la Marine pour embarque le plus de monde possible. Les problèmes de logistiques sont loin d’être négligés et sont, au contraire, au cœur du problème : comment reconstituer des divisions aptes au combat dans les colonies alors que les usines d’armement ont été détruites en métropole ? On assiste donc à des accords avec les Etats-Unis grâce à la complicité de Roosevelt qui permettent à la France d’acheter des tonnes d’armes et de munitions pour les forces françaises. Mais également de construire des usines spécialement dédiées à la production de matériels français existants ou modernisés. Heureusement la France dispose encore de sa flotte de guerre,
totalement intacte et qui, avec l’aide de la Royale Navy, rend coups pour coups aux Italiens en Méditerranée. Le porte-avion Béarn allant jusqu’à participer au fameux raid de Tarente, raid qui coulera une bonne partie de la flotte de surface fasciste et confirmera l’hégémonie maritime des Alliés.

L’humour est également présent et s’inscrit la plupart du temps dans les notes de bas-de-page où les « historiens » font des digressions sur « l’après-guerre » que tout le monde, donc vous et moi, est sensé connaitre. De jolis clins
d’œil s’ajoutent également sur des personnages historiques présents tels que Saint-Exupéry. Petite mention spéciale pour Churchill s’exprimant en français lors d’un discours et pour la proposition de généraux anglais souhaitant baser des bombardiers Wellington (du nom du vainqueur de Waterloo) en Corse, (patrie de Napoléon…).

Pour résumer ce livre nous offre un excellent moment de divertissement tout en faisant réfléchir sur ce qui a été et sur ce qui aurait pu être. Méfiez-vous cependant car une fois que vous l’aurez ouvert vous ne pourrez plus le refermer avant la fin. On se prend facilement à rêver sur cet essai historique qui est une petite pépite de rédaction. Et je vous laisse sur une bonne nouvelle, il y a un tome 2 !! Sur ce, bonne lecture et à l’année prochaine !

MARTIN NUVILLE

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